09 janvier 2007

Prise de conscience

Il m'est arrivé une drôle d'histoire cet après-midi : j'étais tranquillement à la caf de Bastion avec ma collègue/copine D. entrain de commander un café (tout le monde sait que les fonctionnaires passent leur journée à boire des cafés ;-). Bref, on commande, et au moment où on se dirige vers une table, on entend une petite nana, genre étudiante en lettre un peu roots, qui se met à gueuler sur une dame tout ce qu'il y avait de plus normal, sauf qu'elle était.... noire. La meuf hurle (sans exagérer, pour une fois) "NON, j'ai pas envie que vous vous asseyiez en face de moi, ça me gonfle, vous voulez toujours nos places, y'en a raz le bol, vraiment ça me saoule", ... elle se lève, jette son journal par terre, se dirige vers la sortie et dit "fais chier, RENTRE CHEZ TOI, ... moi je me casse". Et elle sort de la pièce.
Consternation. Personne ne dit rien, un mec se lève et va vers la dame, lui demande si elle se sent bien. Celle-ci ne répond pas et sort de la pièce.
D. et moi étions abasourdies, on s'est demandé, probablement comme tout le monde, si on avait rêvé (plutôt cauchemardé) car la violence de la scène était palpable et l'agression totalement gratuite. Raciste tout simplement.
J'avoue que j'ai été très secouée par la scène, car j'ai ressenti des symptômes de stress, genre mains moites et tremblantes, limite les larmes aux yeux. Je n'avais jamais été confrontée à ce genre de situation extrême.
Mais on n'a rien dit. Ni moi, ni D. ni personne dans la pièce. Moi je me suis fait la réflexion que l'agresseuse méritait une tarte mais je n'ai rien fait.

Et vous vous auriez réagi comment ?


10 minutes après l'incident, tout le monde, dans son coin, ne parlait que de ça. D. me dit qu'elle a déjà entendu ce genre de propos dans le bus. Et soudain, une dizaine de personnes rentre dans la caf et un garçon annonce que nous avons été témoin d'une scène de théâtre invisible qui cherche à faire prendre conscience aux gens que les victimes de racisme (le racisme de tout les jours, probablement le plus pernicieux) sont seule face aux agressions, et que les témoins restent silencieux la plupart du temps et que quand ils disent quelque chose, c'est en général pour agresser l'agresseur, mais rarissimement pour réconforter l'agressé.

En conclusion, cette petite expérience quoique assez désagréable, aura fait prendre conscience aux personnes présentes que le silence représente une forme de lâcheté assez insupportable et qu'on a le droit, et même le devoir, d'intervenir !

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